Martine Carol est morte d’avoir été.

MC65
 
Après avoir été célèbre pour sa beauté, Martine Carol était tombée dans l’oubli, devenue « has been », qui s’est perdu dans les extravagances afin de faire encore parler d’elle. Fait un parallèle avec la carrière pleine de deux avocats qui viennent de mou
La mort vient de frapper trois fois au cœur. Pierre Stibbe, 54 ans, et René-William Thorp, 68 ans, avocats parisiens renommés, se sont successivement effondrés en plein prétoire. Ils étaient l’un et l’autre surmenés.
Martine Carol, 46 ans, les a suivis de quelques heures. Son mari, Mike Eland, l’a trouvée étendue sur le sol de la salle de bains, dans « l’appartement des rois » qu’elle occupait à l’Hôtel de Paris, à Monte-Carlo. Pierre Stibbe et René-William Thorp avaient derrière eux une vie d’homme, pleine, riche, généreuse, abrégée trop tôt certes, mais éclairée par un idéal qu’ils surent l’un et l’autre ne jamais trahir. C’est une funèbre coïncidence qui mêle aujourd’hui leur nom à celui d’une femme-symbole d’une certaine misère morale ourlée de vison et cloutée de diamants.
Un type. Elle était belle, elle était bien brave, elle fut célèbre après y avoir mis beaucoup de persévérance, et elle cessa de l’être parce qu’elle représentait un type de femme — la petite femme, gentille et pas compliquée — démodé. Démodé par Brigitte Bardot, qui l’écarta de quelques coups de reins. Adulée, Martine Carol ne comprit pas ce qui lui arrivait quand les photographes cessèrent de la poursuivre, quand les journalistes cessèrent de l’interroger, quand les producteurs cessèrent de la solliciter. Et elle devint ce que les Américains appellent cruellement un « has-been ». Quelqu’un qui « a été ».
Ce fut d’abord de l’étonnement, puis de la rage, puis une jalousie qui la dévora et la poussa à toutes les extravagances. Pour rien. Pour faire parler d’elle. Et parfois, on en parlait. Mais les jeunes gens disaient : « Martine Carol, qui est-ce ? » Et leurs pères s’attendrissaient parfois, comme au souvenir d’une aimable petite amie gourmande et menteuse dont on se dit : « Tiens oui, au fait, qu’est-ce qu’elle est devenue ? »
Elle était devenue folle de ne pas comprendre, d’errer d’homme en homme, de mari en mari. Pauvre Martine Carol, si surprise que l’on puisse être malheureuse en Rolls et dédaignée quand on a un si joli décolleté. Car elle n’avait rien perdu de sa beauté, sinon l’éclat que donne le succès. Et elle ne manquait de rien, car cette petite femme était aussi économe.
Un conte. Alors, ce fut le trajet classique où l’on engloutit dans les somnifères la peur d’avoir à vivre comme une grande personne. Mais tout peut toujours arriver aux femmes, y compris de rencontrer, comme dans les contes de la presse du cœur, l’homme jeune, beau, amoureux et riche qui met son nom, son cœur et sa fortune à vos pieds. Il lui allait comme un gant, ce conte pour midinette. « Des midinettes qui s’admirent entre elles », disait Jean Cocteau en parlant des vedettes de l’écran.
Mais être milliardaire à Londres, ce n’est pas être étoile à Paris. Et à quoi bon montrer ses bijoux quand il n’y a personne pour les envier ? Cette célébrité qu’elle cherchait éperdument à retrouver, l’homme qui l’aimait ne pouvait pas la lui donner. Il pouvait seulement essayer.
Dans le décor baroque de Monte-Carlo, la mort est entrée alors qu’il lui achetait une maison à Saint-Tropez. Plus belle, il l’avait promis, plus belle que celle de Brigitte Bardot.
Les cœurs qui cèdent ne s’usent pas toujours aux mêmes arêtes. Pierre Stibbe et René-William Thorp ont usé le leur à aimer leur prochain. Martine Carol à vouloir qu’on l’aime.

 

Françoise GIROUD

Article publié le 13 février 1967 dans un magazine non-identifié (« LExpress  » ?)

Source: http://www.francoisegiroud.fr/archives/martine-carol-est-morte-davoir-%C3%A9t%C3%A9

 

 

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